Géométrie sacrée

Nombre d’or dans les cathédrales : un architecte nous répond

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Aujourd’hui, je suis heureuse de vous proposer l’interview de Thierry de Champris. Architecte de profession, il est l’auteur de deux ouvrages majeurs sur le Nombre d’Or dans les cathédrales :

Nous lui avons posé des questions sur la géométrie sacrée des cathédrales, et plus particulièrement sur le nombre d’or en architecture.

Pendant longtemps, historiens et spécialistes pensaient que la proportion divine n’existait pas à cet époque. C’est tout à fait faux ! Et vous allez le voir, nos ancêtres du Moyen-Âge étaient des bâtisseurs d’une extrême précision.

Bonjour M. de Champris, et merci d’avoir accepté cette interview. Comment vous est venue l’idée d’étudier les relations entre nombre d’or et cathédrales ?

Le nombre d’or existe depuis des millénaires : ainsi de l’antiquité (Egypte, Grèce, Rome), comme de nos cathédrales, ou de la Renaissance. À notre époque, enfin, Le Corbusier (1887-1965), a fait du nombre d’or et ses enchaînements son système de mesure absolu.

Le sujet n’avait jamais été étudié en ce qui concerne les façades des cathédrales. Il y a eu quelques essais sur les plans mais, faute de résultats probants, les historiens de l’architecture avaient décidé que le nombre d’or n’existait pas au Moyen-Âge. (Voir les propos de monsieur Jean Pierre Adam sur mon site “ Oui nos cathédrales sont au nombre d’Or”.)

Mais il est vrai que régler ces édifices suivant la géométrie d’Or était plus difficile en plan.”

Les deux ouvrages de Thierry de Champris (cliquez sur l’image pour aller les voir sur Amazon) :

Pourquoi certains édifices ne respectent pas exactement le nombre d’or ?

“Pour plusieurs raisons :

1/ Sauf exceptions (Amiens), les plans présentent de nombreuses irrégularités dues, parfois, à d’anciennes fondations que l’on réutilisait, ou aux différentes phases du chantier, lequel s’étendait en moyenne sur 30 à 50 ans (la cathédrale de Chartres, qui a brûlé en 1195 était terminée en 1225) sauf longues interruptions par manque de financement ou autre, ou contraintes liées aux limites du terrain en milieu urbain. (ainsi de la « scoliose » de Notre-Dame de Paris).

La cathédrale de Chartres

2/ Sauf exception, aussi, beaucoup de relevés effectués avant nos techniques actuelles sont faux. Si l’on compare plusieurs plans de la cathédrale d’Amiens, par exemple, on constate qu’ils donnent tous des mesures différentes. Pour déceler le nombre d’or en architecture, il faut travailler sur des relevés très précis, tels que ceux de l’Institut Géographique National établis par procédés informatiques ou au laser (et non pas sur cartes postales, comme on peut trop souvent le voir pour le Parthénon, par exemple ! quelle honte). D’autre part, les proportions majeures d’un édifice sont inscrites entre repères eux-mêmes majeurs et de façon extrêmement précise et selon la hiérarchie de la modénature*, et non pas « à peu près » comme trop de chercheurs le pensent ; la précision observée dans ces conditions sur les façades de nos cathédrales est du 1/2000°, voire parfois du 1/5000°.

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Le Parthénon : une construction d’une extrême précision qui respecte le nombre d’Or

(*les éléments d’architecture que sont les colonnes avec leur chapiteau, leur base, l’entablement qu’elles soutiennent : architrave, frise, corniche, fronton, etc et leur détail)”.

Ainsi, nos bâtisseurs du Moyen-Âge étaient-ils d’une extrême précision ?

“ Sans aucune équivoque.”

Au-delà de la rigueur, cette géométrie ne répondait-elle pas à des impératifs d’ordre plus spirituels ?

Vous touchez là à la raison profonde des tracés d’Or.

Dans ma vidéo sur YouTube, “Oui, nos cathédrales sont au nombre d’Or”, vous découvrirez que ces tracés sont la manifestation d’une symbolique profonde. Comment pourrait-il en être autrement ?

Dans tous les édifices à vocation spirituelle du monde, chez les Incas, les Mayas, comme les pays d’Asie, le monde musulman, chrétien ou judaïque, le nombre est indissociable du “religieux”.

Pourquoi les cathédrales feraient-elles exception ?

Ainsi, non seulement la géométrie enchaîne-t-elle les axes et les centres symboliques des façades de nos cathédrales, frontispices de la chrétienté tournés vers la ville, mais encore les nombres qui la mesurent sont eux-mêmes hautement symboliques.”

Dans votre autre ouvrage, « L’architecte et l’Alchimiste, dialogue sur la beauté », vous ouvrez une réflexion sur le concept de la beauté dans les cathédrales. Quels sont les liens entre le nombre d’or et la beauté ?

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L’ouvrage de Thierry de Champris, cliquez sur l’image pour aller le voir sur Amazon.

“Selon moi, les formes ont un langage et ce langage fait appel, selon ce que l’on voit, à ce qui est inscrit en nous des concepts de la beauté : n’importe qui, visitant une cathédrale, est ému et peut dire pourquoi, car la beauté est un concept lié au ressenti du corps, en particulier du geste, pour l’architecture, et au souvenir des perceptions profondément inscrites dans le corps. Ainsi, le cercle, le cylindre, la sphère en particulier, souvenir, peut-être, du sein maternel, ont-ils gardé en nous son empreinte apaisante et, du souvenir de sa forme et de sa plénitude, la sensation de la beauté est-elle née en nous.

Toute forme, tout signe géométrique, ont en nous une résonance spécifique :

ainsi de l’ampleur du cercle des rosaces, gestuelle d’épanouissement ; ainsi de la sphère des coupoles, tout à la fois espace, protection, ciel ; ainsi de l’horizontale, direction du repos, de la stabilité et de la mort ; de la droite inclinée, direction de l’effort dans l’aisance si la pente est douce, ou de l’exaltation, de l’élan si elle est accusée, ou encore de la régression si elle est descendante ; ainsi de la verticale, soit ascendante, chemin du ciel, spiritualité, soit descendante, chemin des enfers ; ainsi du rayonnement de l’étoile, vie et dynamisme, etc…

Ainsi la beauté, dans le cadre de la géométrie, naît-t-elle, par le seul regard, d’un épanouissement de soi qui mène à la contemplation.

Mais il en va du nombre tout autrement. Sa nature est spéculative, c’est-à-dire procédant d’une réflexion progressive d’ordre intellectuel et non sensible ou charnel et indéchiffrable sans le travail mathématique. Ce qui ne veut pas dire que la loi des nombres n’a pas sa beauté, fût-elle d’ordre spéculatif. C’est le cas du nombre d’Or.”

Mais qu’est-ce que le nombre d’or ?

Définition du nombre d’Or en architecture et de manière générale

“C’est un nombre qui permet le partage d’une longueur donnée en “moyenne et extrême raison” suivant l’expression antique, ce qui se traduit par la formule a / b = b / ( a + b ) ce qui signifie que le rapport de la longueur la plus petite (a) à la plus grande (b) est égal au rapport de la plus grande (b) à la somme des deux.

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Le Nombre d’Or expliqué en image

Au plan arithmétique, cela aboutit à la suite de Fibonacci ( 1175 – 1250 ), mathématicien italien qui a étudié les mathématiques en Algérie et introduit en France le système décimal en 1202, dans son livre le « liber abaci ».

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Représentation classique de la suite de Fibonacci

Le principe de cette suite est simple : 1+2 = 3, puis 2+3 = 5, puis 3+5 = 8, et l’on continue : 5+8 = 13 8+13= 21 13+21= 34….+21= 55….+34= 89, etc…et en additionnant ainsi le dernier terme au précédent qui est lui-même la somme des deux autres précédents, on répond à la définition du partage en moyenne et extrême raison. En divisant alors deux termes successifs, 55/34 = 1.6176,

89/55 = 1.61818,

144/89 = 1.6179

on tend, une fois par excès, une fois par défaut, vers le nombre 1.618034 qui est le nombre d’Or appelé PHI et dont une étonnante particularité est encore celle-ci :

1.618 x 1.618 = 2.618 = 1.618 +1

2.618 x 1.618 = 4.236 = 1.618 + 2.618

4.236 x 1.618 = 6.854 = 4.236 + 2.618 !!!

Chaque terme de la série est à la fois le produit de phi par le précédent et la somme des deux précédents. Au plan géométrique cela aboutit à un enchaînement remarquable de rectangles d’Or successifs déduits l’un de l’autre en construisant un carré sur le grand côté du rectangle précédent.

Ainsi, par le caractère exceptionnel de ses enchaînements et de la géométrie qu’il fait naître, il participe, comme tout signe de la perfection dans l’ordre naturel, du divin dans l’esprit des hommes : c’est la « Divine proportion » : qui nous relie aux dieux.

À ceux qui objectent que la proportion dorée ne pouvait exister du temps des cathédrales du fait que le liber abaci n’était pas encore parvenu en France, je répondrai que la construction purement géométrique du rapport d’or et des figures qu’il engendre ne pose aucune difficulté.

Les liens entre beauté et nombre d’or

Mais de là à affirmer que le nombre d’Or engendre la beauté…Non, la beauté d’une cathédrale est tout à fait indépendante du nombre d’or.

Certes, les proportions qu’il établit peuvent aboutir, correctement orchestrées, à un équilibre visuel certain, mais je défie quiconque sauf étude précise (ou rapport simple de deux hauteurs d’étages, par exemple, pour un œil exercé) d’affirmer que tel ou tel monument en est le résultat, a fortiori pour les cathédrales. C’était donc, tout autant qu’un concept mathématique remarquable, voire sacré, un instrument de travail simple sur le chantier par l’enchaînement des mesures qu’il engendre ( voir la « suite de Fibonacci ») et auquel, intérêt incontestable, un ouvrier analphabète pouvait avoir accès. Il suffisait au départ du chantier d’implanter au sol ou à n’importe quel autre support inaltérable deux longueurs en rapport d’or l’une à l’autre pour en déduire par addition ou soustraction les mesures supérieures ou inférieures. Nul n’était besoin de savoir lire ni écrire.

Il existe par ailleurs dans le monde de superbes constructions qui ne sont pas nées du nombre d’Or.”

Comment les bâtisseurs du Moyen-Âge se partageaient-ils ces connaissances et obtenaient-ils une telle précision dans la construction ?

“En ce qui concernait “l’Art du Trait”, le savoir était transmis dans les loges compagnonniques, sans doute d’initiés à initiés. Des historiens, ce que je ne suis pas, répondront mieux que moi sur ce sujet.

 

Les compagnons : un rôle majeur dans la diffusion des savoirs et savoirs-faire dans la construction

Sur la précision, je ne vois pas quoi dire d’autre que l’évidence : ils travaillaient remarquablement.

Quiconque a eu l’occasion de visiter le Parthénon en chantier pour sa réfection à l’état initial et eu la chance d’admirer un de ses chapiteaux au sol n’a pas pu ne pas être saisi de stupeur en constatant l’élégance et la force mais surtout la finesse de taille en rapport à la dimension impressionnante et la perfection des surfaces et des entailles courbes qu’un millimètre d’écart eût déformées. Quand on sait de plus que les joints entre pierres taillées ne laissent pas la place pour une lame de rasoir, que les colonnes convergent à un demi-mile de haut, qu’en conséquence il n’y a pas deux colonnes pareilles ni deux tambours pareils sur la même colonne, que le socle à peine sphérique qui les reçoit toutes est bombé de 7 centimètres sur toute sa longueur avec une absolue régularité, on mesure ce que les bâtisseurs grecs devaient appeler « précision ». Sans travailler une pierre d’un grain aussi fin que le marbre, pourquoi nos compagnons médiévaux n’auraient-ils pas été capables d’une presqu’aussi remarquable précision ?”

Selon vous, existe-t-il des liens entre la géométrie sacrée et l’architecture du nombre d’or dans les cathédrales ? Est-ce qu’on parle de la même chose finalement ?

“Non, on ne doit pas parler de la même chose, à l’exception, peut-être, du pentagramme, l’étoile à 5 branches, et de la spirale d’or, lesquels exercent une fascination évidente, ce qui est le cas de toutes les figures étoilées et toutes les spirales.

Le pentagramme : une figure de géométrie sacrée au nombre d’or. On la retrouve aussi dans les cathédrales

Vous travaillez sur la géométrie proprement sacrée. Je n’ai pas étudié ces concepts. J’accepte que certaines représentations géométriques comme la Fleur de Vie puissent avoir une influence tonifiante ou autre à sa simple contemplation.

Mais si la fleur de vie tire sa fascination de la multiplicité de l’hexagone dans le cercle qui les contient, effet dynamique par la perception instantanée, le nombre d’Or procède, lui, d’un cheminement spéculatif de la pensée par sa loi de progression unique et un tracé géométrique révélant peu à peu son appartenance à l’exceptionnel.

Le caractère sacré du nombre d’Or s’est construit au fil des civilisations qui l’ont employé. La fascination qu’il peut exercer tient à l’extraordinaire des enchaînements qu’il engendre, mais sa nature est spéculative, et non pas contemplative, c’est-à-dire procédant d’une réflexion progressive d’ordre intellectuel et indéchiffrable sans ce travail mathématique.

 

Voilà, c’est terminé pour cette interview de Thierry de Champris. Je tiens à le remercier chaleureusement pour ses explications sur les liens entre nombre d’or et architecture.

Si vous voulez en savoir plus sur la géométrie sacrée des cathédrales, rendez-vous sur cette page des éditions Trédaniel.

 

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A propos de Maude

Co-Fondatrice de gaiamamart.com, je suis la principale rédactrice du site. Passionnée de géométrie et de symboles, j'ai hâte de tout partager dans ce blog.

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